Tu ne mentiras point, espèce de putain !
Un des recueils de contes les plus reconnus de l’humanité met en scène un cas de violence conjugale. Dans les Milles et Une Nuits, Shéhérazade se porte volontaire pour faire cesser le massacre perpétré par le roi de Perse, Shâhriar qui, persuadé de l’infidélité de toutes les femmes, épouse chaque jour une vierge qu’il tue au matin de la nuit de noces. Shéhérazade, pendant mille et une nuits, lui raconte un conte qui le tient en haleine, repoussant son exécution. A la fin du cycle, il décide finalement de ne pas la tuer parce qu’elle a… prouvé sa valeur. Les contes de fées ne font pas que fabuler.
Vie de femmes, décisions d’hommes
Des milliers d’années plus tard, la violence sultane demeure un fait de société banalisé. A défaut de lui faire confiance, un homme préfère exercé un contrôle total sur sa femme. Comment pourrait-il enchaîner cette catin d’aller vendre ses faveurs sexuelles au plus offrant ? Le contrôle reste le seul moyen d’être sûr et certain que le gamin est bien de lui. Il ne faudrait pas qu’il reconnaisse le chiard d’un autre.
Sans aller chercher dans les Milles et Une Nuits, en France, les sultans, ce sont pas mal débrouillés non plus. L’homme contrôle sa terre, ses meubles, ses enfants et sa femme. Cette dernière lui doit obéissance jusqu’en 1793, année qui voit proclamer l’égalité dans le mariage. Dans le mariage seulement, car, en société, la femme est selon le Code Civil de 1802, une « incapable civile ». Incapacité qui ne sera supprimée qu’en 1938. Aujourd’hui encore, l’état civil continue de différencier les « mademoiselle » des « madame » alors que l’homme, marié ou non, est simplement « monsieur ». Si Mademoiselle n’est pas mariée, n’est-ce pas là signe d’un problème comportementale ? Quant à Madame, elle, peut se définir, s’imposer comme ‘femme-de’. Ouf.
Que penser de la Journée Internationale des Femmes ?
Rien. Si ce n’est une hypocrisie de plus. Demain, la majorité des pauvres dans le monde seront toujours des femmes. On trouvera dommage, bien qu’elles produisent 60 à 80% de nourriture dans les pays en développement, qu’elles ne possèdent que 1% des terres. On ne fera que mollement remarquer que dans les pays en développement comme dans les pays développés, à travail égal, elles gagnent systématiquement moins que les hommes. On s’inquiètera mollement de les voir exclues de l’éducation, de constater qu’elles représentent les trois quarts des adultes analphabètes dans le monde et on s’indignera temporairement de constater qu’elles sont souvent privées d’accès à la justice, à une protection ou aux services. Et surtout, on oubliera de rappeler, qu’ajoutés à tout cela, les coutumes, les cultures et la religion privent les femmes de l’accès à la prise de position, à la politique et aux choix. Cette journée ? Une diversion en quelque sorte.
Encore faut-il savoir que l’on a des droits.
Ce qui est significatif, c’est qu’il existe des journées pour tout et rien : celle des pingouins manchots, celle des éléphants trompés, celle des bousiers dans la merde, celle des… Bref, noyons le poisson et créons une raison de plus de détester ces opprimés. Aah ces féministes ! Tandis que les révoltés du Snickers s’acharnent contre des leurres, la violence, elle demeure. Cette violence – envers les femmes mais pas que – est certes physique dans bien des cas, mais elle est aussi mentale, singularisée et ordinaire. Personne n’est à l’abri du traumatisme face à une situation que l’on ne sait pas gérer. « Face à une situation insupportable, quand la peur se mêle à la souffrance et à l’incapacité d’agir, le cerveau met en place un mécanisme de sauvegarde. » C’est ce que la psychiatre et psychothérapeute Muriel Salmona appelle la mémoire traumatique laquelle déclenche chez les victimes des ‘mécanismes d’évitement’, modifiant son comportement. Les recherches actuelles en neurosciences mettent en évidence un cercle vicieux dans lequel la violence engendre la violence. Quelqu’un qui intériorise un traumatisme passé aura toujours besoin d’un fusible, d’un moyen de se défouler. La violence envers les femmes est l’affaire de tous, dans le sens où tout le monde – hommes et femmes – a, à un moment donné, été victime d’un choc.
Quelle conclusion apporter à cet article ? Quelle conclusion apporter à cette journée ? Rien ? Nous savons tous que nous faisons du mal. Nous savons tous que nous sommes victimes. Nous savons mais il semblerait que nous soyons noués, liés par des incohérences socioculturelles. Vraiment ? Qu’est-ce qui nous empêche de prendre en charge les victimes ?
“Ne restons pas muets face aux violences conjugales” – de Olivier Dahan, pour Amnesty International.
Texte // Raya B’Dull
Illustration // Elodie Castillo

















