PINK FREUD, Faits comme des rats

Documentaire

“Faits comme des rats”, c’est le titre d’un reportage réalisé en 2009 par Philippe Thomine. Didier Desor (Nancy-Université) y présente l’expérience des rats plongeurs.

Dans un premier temps, 6 rats de laboratoires sont placés dans un environnement très particulier : les rats sont sur une plate forme avec un “toboggan” qui leur permet descendre dans un aquarium. Cet aquarium est rempli d’eau. A l’autre bout : la bouffe. Pour éviter d’avoir à décrire avec précision tout le mécanisme, disons simplement que, pour aller chercher leurs croquettes, les rats sont contraints de nager en apnée jusqu’à l’autre bout de l’aquarium puis de revenir à leur point de départ afin d’avoir les pattes au sec pour manger.
Que remarque-t-on ?

Au bout d’un certain temps, le groupe de 6 rats s’est divisé :
-les nageurs (ou transporteurs), au nombre de trois, sont ceux qui “se mouillent” pour aller chercher les croquettes.
-les voleurs (non-transporteurs), eux aussi trois, on l’aura compris, volent la nourriture que les nageurs ont réussi à rapporter.
-souvent, 2 nageurs doivent nourrir les 3 voleurs avant de pouvoir eux-même manger ! Un dernier nageur, appelé Autonome, parvient à garder ses croquettes pour lui. Il n’a besoin de rien ni de personne.

Cette configuration en trois/trois se retrouve dans 99% des cas.
Une fois les rôles définis au sein du groupe, ils ne changeront plus : les nageurs n’iront jamais voler, et les voleurs n’iront jamais nager.

Comment se définissent ces rôles ? Peut-on parler de dominant et dominé ?
100% des rats savent nager, il ne s’agit donc pas d’une question “d’incompétence” face à l’eau.
L’anxiété jouerait un rôle important dans la définition des rôles. Ce sont en effet les rats les moins anxieux qui plongent pour aller chercher la nourriture. Leur rôle se définit donc de lui-même. Par conséquent, les rats les plus anxieux deviennent voleurs, ce qui montre l’importance de l’interaction sociale puisque le rôle des seconds se définit en partie par le rôle des premiers.

Alors, certains rats sont-ils prédestinés à devenir transporteurs et d’autres non transporteurs ? Les rats sont-ils définitivement enfermés dans le rôle premier qui leur a été attribué ?
La réponse à ces questions est non. Pour le prouver, on a rassemblé d’un côté 6 rats initialement tous transporteurs, et, de l’autre côté, 6 rats initialement tous non-transporteurs.
Au bout d’un temps variable, les rôles se sont re-répartis dans les deux groupes : 3 transporteurs, 3 non-transporteurs.
Le rôle que joue un rat dépend donc des autres rats qui l’entourent. Il s’agit là d’un phénomène de nature sociale puisque les statuts peuvent varier en fonction du groupe dans lequel le rat évolue.

Est-ce si différent pour l’être humain ? N’existe-t-il pas, pour une même personne, des différences de comportements selon les gens avec qui elle se trouve ? Le lieu où elle se trouve ? Le problème auquel elle est confrontée ? Ce serait donc ça, s’adapter à la situation ?

Autre étape de l’expérience : la boîte de Skinner. Pour résumer ce dispositif, il s’agit d’une boîte, ici longue d’un mètre avec une pédale à un bout, une mangeoire à l’autre. Quand le rat appuie sur la pédale, une croquette tombe dans la mangeoire.
De nouveau, 6 rats sont placés dans la boîte. Rapidement, des rôles se définissent : certains rats restent près de la mangeoire et mangent les croquettes au fur et à mesure qu’elles arrivent pendant que d’autres sont condamnés à appuyer sur la pédale jusqu’à ce que tout le monde ait mangé. A ce moment-là, enfin, ils peuvent à leur tour se nourrir.
Ce même groupe est ensuite placé dans la situation des rats plongeurs.
Il n’y a aucune correspondance entre les rôles qui s’étaient définis dans la boîte de Skinner et ceux qui se définissent dans la seconde situation. Cela confirme le fait qu’il n’y a pas de prédestination, par exemple, ce ne sont pas toujours les plus “faibles” qui sont contraints de nourrir les plus “forts”.

Le rôle d’un rat dépendra donc des individus qui l’entourent et du contexte environnemental.
En tout cas, quel soit son comportement (transporteur ou non), celui-ci va se renforcer au fur et à mesure de l’expérience : contraints de faire de nombreux allers et retours pour pouvoir manger, les nageurs vont acquérir et consolider des compétences pour la nage (capacités motrices, d’orientation,…). De leur côté, les voleurs seront de plus en plus forts pour voler.
Peut-on donner un exemple humain ? Un enfant qui apprend à lire sans problème majeur, qui y trouvera peut-être du plaisir, lira beaucoup, donc développera des compétences dans ce domaine (il lira plus vite, de plus gros livres,…). Alors qu’un enfant qui a du mal à apprendre, qui doit faire des efforts pour lire, y trouvera moins de plaisir, donc lira moins, et donc ne développera pas les compétences du premier enfant.
Cela se retrouve dans de très nombreux domaines, qu’il s’agisse de domaines intellectuels ou manuels : à partir du moment où l’on répète régulièrement la même manœuvre, que l’on se spécialise, on développe des compétences qui nous permettent d’être plus performants dans ce domaine précis.
Mais d’autres seront plus performants dans d’autres domaines !

S’ensuit alors l’idée d’une coopération, que ce soit chez les rats ou chez les êtres-humains, ou même chez les plantes.
Bien sûr, la compétition ne disparaît pas ! L’être-humain pourrait-il vivre sans essayer constamment d’être meilleur que ses congénères ? Pas sûr. Serait-il capable de refuser un boulot parce que quelqu’un d’autre postule pour le même poste ? De refuser une promotion parce qu’elle serait par conséquent refusée à un collègue ? La compétition existe, parfois même simplement pour le plaisir (j’ai envie de citer le sport mais, méfiance, il est des milieux où la compétition revêt une valeur plus financière que sportive).
Cependant une situation de compétition pure conduirait l’espèce à l’extinction. La compétition doit donc être régulée. Selon J-M. Pelt, Président de l’Institut européen d’écologie, cette régulation s’opère, chez l’humain, par le sens moral et éthique. Par la solidarité, aussi.
Je n’entrerai pas dans des considérations politiques. La dernière phase de l’expérience chez les rats sera, je l’espère, suffisamment explicite. Je vous laisse réfléchir à des équivalences possibles chez l’être-humain :

Chez les rats, la coopération trouve rapidement ses limites : nourrissez bien les 3 transporteurs avant de les remettre dans le dispositif. Ils n’ont plus besoin de rien, puisqu’ils se sont déjà rempli la panse. Et bien aucun n’ira se mouiller pour nourrir les trois non-transporteurs !

TEXTE // Charlie Clé

Documentaire : Canal-U

PINK FREUD à la crèche


Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

*

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <pre> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

  • × PHOTO ESSAYS

    via Flickr

    Raya B'Dull

  • _

    via Flickr

    Flea

  • _

    via Flickr

    Lyann Taylor

  • _

    Hidding In Horrible Weather Photography