Femme, réveille-toi !

Le 25 novembre est la Journée internationale pour l’élimination de la Violence à l’égard des Femmes. Les militants ont choisi cette date en 1981 en mémoire des trois sœurs Mirabal, militantes dominicaines brutalement assassinées sur les ordres du chef de l’État, Rafael Trujillo (1930-1961). L’Assemblée générale a adoptée la Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes le 20 décembre 1993 (A/RES/48/104).

Pour présenter un article complet dénonçant les violences faites aux femmes, il faudrait aborder dans le détail :

la situation des femmes en conflits armés : Entre 250.000 et 500.000 femmes ont été violées au cours du génocide du Rwanda de 1994; entre 20.000 et 50.000 femmes ont été violées pendant le conflit de Bosnie 1992 et 1995. Ces femmes attendent toujours qu’on leur rende justice. On peut en dire autant du Soudan, de la Tchétchénie, de la Colombie…

La violence domestique : une femme a plus de risque de mourir de violences domestiques que d’un cancer ou d’un accident de la route. En moyenne, au moins une femme sur trois est battue, victime de violence sexuelle ou autrement maltraitée par un partenaire intime au cours de sa vie. 70% des femmes victimes d’un homicide sont tuées par leur partenaire masculin.

Les mutilations génitales féminines : entre 130 et 140 millions de fillettes et de femmes ont subi une mutilation sexuelle et, chaque année, deux millions de fillettes sont encore soumises à cette pratique dans le monde. En France, 30 000 femmes et fillettes sont excisées et 20 000 pourraient l’être.

Mais les rapports et publications d’experts concernant ces violences tant physiques que psychologiques seront beaucoup plus convaincants.

© Elodie Castillo

« La violence à l′égard des femmes ne se limite pas à une culture, une région ou un pays particulier ni à un groupe donné de femmes au sein de la société. »(*) Alors osons poser la question au champion : pourquoi ? Pourquoi une femme, être humain au même titre qu’un homme (n’est-ce pas ?) connait-elle autant de souffrances à cause de sa nature ? Pourquoi son genre entraine-t-il tant d’incompréhension et de violences ?

Pourquoi ? Parce que nous vivons dans un monde d’hommes.

« Les raisons profondes de la violence à l′égard des femmes résident dans l′inégalité historique de pouvoir dans les relations entre les hommes et les femmes et dans la discrimination persistante à l′égard des femmes. »(*)

Historiquement, la notion des droits humains se rapporte exclusivement au sexe masculin : il est évident que la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ne se rapportait pas aux femmes lorsqu’elle a été rédigée en 1789. Preuve en est : le texte, publié à la même période et tombé dans l’oubli, de Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.

Nous vivons, encore aujourd’hui, dans une société bâtie sur des conquêtes de territoires dans laquelle les femmes font partie du butin comme un autre puits de pétrole à acquérir et épuiser. En temps de guerre, violer et posséder les femmes (et les fillettes) assure un contrôle des places. Dans le cadre d’un foyer, la tension n’est pas moindre : l’homme sur son territoire doit assurer sa domination. Au niveau culturel, la société est même parvenue à conférer un sous-entendu péjoratif concernant les femmes féministes, les femmes de pouvoir, les femmes qui ne ferment pas leur gueule.

L’homme est-il à ce point dicté par sa nature bestiale ? (Non point « animale » car, comme le souligne Dostoïevski, les animaux ne sont pas cruels, eux.) Pourquoi l’espèce humaine se trouve-t-elle incapable d’évoluer suivant un équilibre des genres ? Pour voir les enfants grandir sainement, dans un monde en paix, ne serait-il pas préférable de leur offrir un contexte équilibré ? Les femmes doivent-elles pisser dans les quatre coins des pièces qu’elles visitent pour être prises en considération en tant qu’être humain à part entière ?

Non. Deux genres, deux natures. Femmes, hommes. Comment dépasser ce clivage ? Comment transcender ces incompréhensions ? La question reste ouverte car, dans un monde où l’être humain se montre incapable de respect envers la vie, des textes tels que la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et du Citoyen, la Convention Internationale des Droits de l’Enfant et la Déclaration sur l’élimination de la violence à l’égard des femmes n’ont aucune chance d’être globalement appliqués. La question reste ouverte mais la réponse nous appartient. Peut-être pourrions-nous commencer par parler de Droits de l’Être Humain ? Sans attendre “l’autorisation de mon mari” et pour reprendre les mots de Olympe de Gouges, “Femme, réveille-toi !”

TEXTE: Raya B’Dull

ART: Elodie Castillo

Comments
6 Responses to “Femme, réveille-toi !”
  1. MAMAMIA says:

    superbe article qui stupéfie meme en connaissance de cause!

  2. Salami says:

    Génial article + visuel ! Continuez comme ça.

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